Parole d’expert // Open data & administration

30.08.21

#3 questions à Alexandre Soupramanien, consultant senior SI smart services/RGPD

  1. Depuis quelques années, l’open data est sur toutes les lèvres : comment pourrais-tu définir ce concept ? 

L’Open Data, ou données ouvertes, sont des données auxquelles l’accès est totalement public et libre de droit, au même titre que l’exploitation et la réutilisation.

Historiquement, ce sont les administrations et plus largement le domaine public qui étaient concernés par cette problématique, à la fois en tant que service public mais surtout d’un point de vue réglementaire dans le cadre de la loi NOTRE (Nouvelle Organisation Territoriale de la République).

Effectivement les communes de plus de 3500 ont l’obligation de rendre accessibles en ligne les données publiques. 

 Aujourd’hui, l’ouverture de la donnée reste leur apanage, en revanche les publics ont considérablement évolué : les citoyens ou encore les entreprises, de la PME à la multinationale, cherchent à créer de la valeur via l’open data. Ces données offrent effectivement de nombreuses possibilités de lancer des produits ou créer de nouveaux services de qualité. 

2. Concrètement à quoi sert l’open data ? Peux-tu nous donner un exemple d’usage ? 

Pour une collectivité, la mise en place d’une politique d’open data agit comme un nouvel élan concernant : 

  • Le développement de l’attractivité des territoires :
    • Elle permet une valorisation des données et services liés aux activités de proximité et une amélioration de l’image du territoire 
  • Le soutien à l’innovation et au développement économique
  • L’amélioration des services offerts aux publics :
    • Initiatives citoyennes (réappropriation des données)
    • Renforcement du tissu associatif (amélioration des services proposés)
  • Modernisation de l’action publique :
    • Nouvelle forme de dialogue entre les administrations et les administrés

Quant aux entreprises et start-ups du territoire, elles vont pouvoir se nourrir de ces données pour déployer de nouveaux services et des nouveaux usages par un soutient à l’innovation et au développement économique.

Les citoyens sont également incités par les collectivités (appel à projets, concours) à s’approprier ces données afin de prolonger les services publics à travers diverses initiatives citoyennes : l’exemple de l’application CovidTracker est significatif à cet égard. 

En effet, les données sanitaires ont été récupérées, triées et mises à disposition pour proposer un service de suivi de l’évolution de l’épidémie à Coronavirus en France et dans le monde. 

L’application est ainsi devenue un symbole de ce que peut produire l’open data lorsqu’elle est mise au service d’une cause d’intérêt général. 

3. Pourquoi est-ce plus difficile d’exploiter l’open data au niveau de l’administration ? Quels sont les freins ? 

Il faut prendre conscience du défi que cela représente, mais aussi du niveau d’acculturation de chacun à la donnée. 

La mise en place d’une gouvernance de la donnée en interne est primordiale, avec une structuration opérationnelle autour d’un « Chief Data Officer » (CDO). Ce CDO piloterait toute la chaine de valeur de la donnée : 

C’est-à-dire de la production de la donnée à la réutilisation de celle-ci, en passant par le traitement la qualification, l’analyse et la sécurisation de la donnée). 

Cependant, collecter et rendre accessible des données nécessite des compétences et des outils spécifiques. 73% des collectivités affirment ne pas disposer d’équipes dimensionnées pour traiter tout le cycle de vie de la donnée, et par là même pour fournir des services numériques, tandis que 67% déplorent que leurs agents ne sont pas suffisamment formés. Il y a donc un manque d’information et de sensibilisation : les producteurs de la donnée eux-mêmes ne sont pas assez formés à gérer la donnée. 

La mise en place d’une gouvernance de la donnée est donc un premier défi de taille !

Plutôt que de freins, je parlerais des facteurs clés de réussite pour la mise en place de l’open data : 

  • Un soutien au plus haut niveau : il faut que la volonté de rendre la donnée accessible à tous s’insère dans une stratégie territoriale ou de la collectivité. Le sujet doit être porté par le plus haut niveau hiérarchique et souvent par les élus. 
  • Il est vital d’impliquer les agents sur ces projets qui sont producteurs de la donnée : la démarche implique par voie de conséquence « de casser les silos » au sein de l’organisation
  • Par ailleurs, il s’agit de faciliter la transparence de ces données et de son potentiel. Il faut donc communiquer par rapport aux données que l’on a ouvertes, s’assurer de leur disponibilité, vérifier qu’elles soient de haute qualité pour qu’on puisse les réutiliser correctement et efficacement. Ouvrir les données c’est simple : en réalité, le vrai travail commence en amont (gouvernance, stratégie d’ouverture des données, etc.)
  • Enfin, il est essentiel de rester à l’écoute des usagers et autres demandeurs d’informations qui sont forces de proposition : l’innovation démarre ici ! 

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