A Sophia Antipolis et Aix-en-Provence, l’IA replace les compétences au cœur du débat
Les 12 et 13 mars derniers, le Numeum Tour Sud a fait étape à Sophia Antipolis, puis à Aix-en-Provence, réunissant l’écosystème numérique régional autour d’une même question : comment faire de l’intelligence artificielle un levier de compétitivité sans perdre de vue les enjeux de souveraineté, de responsabilité et de transformation des compétences ? Organisées dans la région Sud par Olivier Cazzulo, CEO de Netsystem et délégué régional Sud de Numeum, ces deux rencontres ont rassemblé plus de 200 participants au total, aux côtés de nombreux acteurs du territoire.
À Aix-en-Provence, l’événement s’est ouvert avec Stéphanie Ragu, Stéphane Benhamou, Olivier Cazzulo et Véronique Torner, autour d’un constat partagé : à l’heure de la révolution de l’IA, la question n’est pas seulement technologique. Elle est aussi économique, sociale et profondément stratégique pour l’Europe. Cette séquence s’inscrit d’ailleurs dans les priorités affichées par Numeum, qui articule son action autour des régions, des compétences et d’un numérique responsable.
Véronique Torner a défendu une idée forte : face aux modèles dominants qui se structurent à l’échelle américaine et asiatique, l’Europe doit construire sa propre voie. Une voie capable de conjuguer innovation, maîtrise, responsabilité et vision de long terme. Derrière cette ambition, une conviction s’impose : la compétitivité européenne ne pourra pas se bâtir sans une montée en compétences massive, sans accompagnement des entreprises et sans préparation des jeunes générations à ces nouveaux usages.
Car c’est bien là que le débat se déplace. La question n’est plus seulement de savoir si l’IA va transformer le travail, mais comment elle le transforme déjà. Des travaux montrent que l’introduction de l’IA dans les organisations ouvre un processus progressif d’apprentissage, d’adaptation et de supervision, bien plus qu’un simple remplacement mécanique des personnes. L’enjeu devient alors moins la disparition massive des métiers que l’évolution profonde des tâches, des pratiques et des équilibres au sein des organisations.

Cette réalité a irrigué la table ronde consacrée aux compétences, aux usages et à la stratégie de l’entreprise à l’ère de l’IA. Une idée s’en est dégagée avec clarté : l’IA est en train de devenir une compétence transversale. Ressources humaines, marketing, formation, relation client, management : comme le numérique avant elle, elle s’installe progressivement dans tous les métiers. France Travail Provence-Alpes-Côte d’Azur souligne d’ailleurs que l’IA transforme déjà les métiers et les compétences requises, bien au-delà des seuls profils techniques.
Mais cette diffusion rapide ne garantit pas, à elle seule, la création de valeur. Encore faut-il savoir utiliser les outils, poser les bonnes questions, garder un esprit critique, comprendre les limites des modèles et intégrer les enjeux éthiques associés. C’est tout le sens des démarches engagées dans la région pour démocratiser les usages, accompagner l’appropriation des outils et favoriser la montée en compétences, notamment auprès des demandeurs d’emploi. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, France Travail rappelle d’ailleurs l’importance de se former à ces technologies pour rester compétitif sur le marché du travail.
L’un des moments marquants de l’étape d’Aix a également été la conférence consacrée à “IA et Sapiens : ce que l’IA fait à nos mythes, rites et responsabilités”. Au-delà des cas d’usage, des gains de productivité ou des promesses d’automatisation, cette intervention a replacé le sujet sur un terrain plus vaste : celui de notre rapport au sens, à la décision, au collectif. Car ce que l’IA bouscule ne se limite pas aux entreprises. Elle interroge aussi nos représentations, nos responsabilités et, plus largement, notre manière de faire société.
C’est sans doute ce qui ressort le plus fortement de cette édition 2026 du Numeum Tour Sud : parler d’intelligence artificielle, aujourd’hui, ce n’est plus seulement parler d’outils. C’est parler de travail, de formation, de souveraineté, de jeunesse, et finalement de notre capacité collective à orienter la transformation plutôt qu’à la subir.
À Sophia Antipolis comme à Aix-en-Provence, le message a été clair : l’IA ne sera un progrès que si elle s’accompagne d’une vision, d’un effort de formation et d’une ambition européenne assumée. C’est précisément sur cette ligne que les échanges ont placé le débat — au croisement de la performance, de la responsabilité et de l’avenir de nos organisations.